par les docteurs vétérinaires Robert et Françoise ROSE-ROSETTE
Il y a longtemps, avait cours à la Martinique une singulière pratique qualifiée du barbarisme de « brocantagerie ». Elle terminait les dimanches de fête patronale, dans les grosses communes, attirant beaucoup de campagnards.
Sur la voie publique, sitôt la nuit venue, les hommes se disposaient à échanger leurs chevaux nus ou bridés, avec ou sans une soulte suivant le cas.
Les amateurs de ce troc, pour le moins irrationnel, trouvaient parfois le lendemain dans leur écurie une pauvre haricelle mourrante ou morte.
En effet, la robe du tocard avait été maquillée à la teinture de campêche, les salières gonflées par des piqûres de guêpes rouges, l'abdomen rendu chatouilleux par ces mêmes piqûres ou par des applications d'ortie, les cicatrices passées au noir de fumée, tandis qu'une rasade de rhum dans le café noir, dopait l'animal.
Des essais au triple galop sur le macadam, tentaient de montrer la valeur des montures, comme le faisaient les gitans dans la région pyrénéenne.
Ces tristes spectacles, dont la tricherie était le mobile, préludirent aux épreuves qualifiées de courses qu'organisaient toujours sur le macadam, les propriétaires des minuscules chevaux créoles, lesquels n'avaient point été préalablement préparés.
Les animaux étaient classés, non suivant leurs aptitudes, d'ailleurs ignorées, mais en tenant compte de leur origine territoriale : il y avait les courses de chevaux de la commune, celles des chevaux de la colonie et celles des chevaux de toutes provenances.
A Fort-de-France, les courses avaient lieu sur la vaste esplanade de la Savane le 14 juillet et le 11 novembre. On délimitait pour la circonstance une piste d'environ cinq cents mètres autour de la statue de l'Impératrice Josephine.
Il y eut également des essais à Saint-Pierre. La piste avait été aménagée sur le sol ponceux des flancs de la Montagne Pelée.
En 1938, un groupe d'amateurs envisagea d'organiser des courses voyant là un moyen d'amélioration du cheval à la Martinique. Ainsi fut crée la Socièté hippique martiniquaise, officiellement déclarée au Gouverneur le 19 janvier 1938.
Pour étonnante que parût la règle, des catégories provisoires furent d'un commun accord établies suivant le critère de la taille au garrot, étant espéré qu'après un certain nombre de rencontres, la valeur relative des concurrents se révelerait entrainant un classement plus rationnel.
Un calendrier des courses fut établi, non plus en conformité des fêtes nationales, dates trop souvent marquées par des intempéries mais en fonction des saisons et des convenances des propriétaires.
L'hippodrome fut désormais le petit stade situé sur la hauteur de Bellevue, non loin du chef-lieu. Un accord liait la fédération des sports à la Socièté hippique aux termes duquel cette dernière, seule à faire recette, assumait les travaux du stade : c'est pourquoi il fut décidé qu'un des vice-présidents de la fédération des sports serait obligatoirement un délégué de la Socièté hippique.
Peu à peu, les difficultés commerciales dues aux circonstances eurent pour conséquences de raréfier, faute d'importation, les aliments du bétail. Les équidés en particulier pâtirent de cet état de choses et, de plus, furent consommés comme viande de boucherie.
En 1944, il y eut des velléïtés de reprise du sport hippique. Un vétérinaire fut chargé d'acheter des chevaux à l'extérieur; il ramena de la Jamaïque dix-huit chevaux de pur-sang et de demi-sang. Ce ne fut qu'une flambée, car le ravitaillement en avoine et en maïs en cet période d'après-guerre s'avéra fort aléatoire.
Dix ans plus tard, les transports maritimes revenus normaux, il devint possible d'importer des chevaux pour les courses ainsi que des géniteurs et des produits d'alimentation.
La Socièté hippique, nouvelle manière, vit le jour, la déclaration en ayant été faite à la préfecture le 13 octobre 1954.
Des difficultés survinrent là encore, et cette fois pour l'hippodrome. Celui de Fort-de-France ayant dû être abandonné, il fallut s'accommoder de deux tracés aménagés, l'un autour du stade de football du Lamentin, l'autre autour du stade du Robert.
La socièté avait acheté, début 1967, un terrain de cinquante trois hectares au quartier Carrère, commune du Lamentin, mais les choses stagnaient pour des raisons financières.
Depuis le 9 juin 1976, la Socièté hippique martiniquaise est devenue la Socièté des Courses de la Martinique.
Cette dernière a pour fonction d'organiser les courses qui sont pour l'instant uniquement des courses
de plat. Elle est aussi chargée de l'exploitation des paris du fait de promulgation dans le département de la réglementation appliquée en France métropolitaine.
Elle n'a plus dans ses attributions l'amélioration du cheval à la Martinique; cette responsabilité a été confiée à l'Association des éleveurs et propriétaires de chevaux qui s'occupe maintenant de la gestion des fonds pour l'importation des chevaux et de l'organisation de la monte effectuée, en particulier, par les étalons des haras nationaux.
article paru en avril 1986 dans la "revue du cheval" édité par la Socièté des Courses de la Martinique
à l'occasion du deuxième Grand prix de la Caraïbe.